Quel est l’intérêt des bilans de santé systématiques ?

À l’occasion du lancement de Zoï, la startup des bilans de santé préventif, se lève une tempête de critiques sur ces bilans systématiques, réservés aux riches (avec le suivi, le budget monte rapidement à une dizaine de milliers d’euro), et dont les effets semblent assez désastreux :

—Ils révèlent 90% d’incidentalomes, des anomalies sans conséquences ou d’évolution tellement lente que s’en préoccuper risque de déclencher davantage de problèmes. La fraction de cancers authentiques détectés avoisine 0,5%…

—Ils sont coûteux pour la collectivité car ces incidentalomes déclenchent des examens complémentaires pris en charge par l’assurance-maladie (alors que ce sont les personnes les plus aisées qui font ces bilans systématiques).

—Les examens ne sont pas anodins (biopsies, rayonnements, effets nocebo) et entraînent des pertes de chance qui peuvent dépasser les gains du dépistage.

Malheureusement la critique de cette médecine à deux vitesses est plombée. Elle se voudrait égalitariste mais ne l’est pas. Tout le monde serait ravi de se faire détecter précocement un cancer pour s’en débarrasser. L’autre manière de présenter les statistiques est que si l’on prend 200 personnes au hasard à un instant t, l’une d’entre elles se ballade avec un cancer sans le savoir. Et plus l’on allonge l’instant t, plus d’autres personnes vont s’additionner, jusqu’à représenter la moitié d’entre elles —il existe approximativement 1 chance sur 2 de développer un cancer dans sa vie, mais c’est peut-être très sous-estimé car on ne les cherche plus chez les vieillards, qui sont déclarés par défaut “morts de vieillesse”.

Au lieu d’une critique atrabilaire et fielleuse, mieux vaudrait mettre en avant le bon usage d’un tel bilan. Ce qui consiste en premier lieu à le réduire aux examens du meilleur rendement et de la plus grande innocuité, par exemple une simple IRM corps entier.

En cas d’anomalies détectées, puisque l’on sait à présent que 90% sont des incidentalomes, il ne faut entreprendre aucune exploration complémentaire immédiate, sauf en cas de signes de malignité évidents de la lésion. Le bilan simplifié sera répété dans un délai dépendant des caractéristiques de la lésion —intérêt d’une IA pour dépassionner la décision. On évite ainsi la cascade d’examens lourds, coûteux et systématiques qui vont entraîner une iatrogénicité.

Notez que c’est la procédure en place pour les examens de dépistage déjà réalisés. Aucun bouleversement de la médecine préventive, donc. Cette affaire serait-elle un médiacalome, cette grosse poussée de constipation des médias qui finit en diarrhée verbale ?…

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